13.01.2012
Les jours fériés et la question de la religion
La proposition d'Eva Joly, candidate à l'élection présidentielle française, de faire de Yom Kippour et de l'Aïd-el-Kébir des jours fériés n'est de loin pas révolutionnaire bien qu'elle soulève un vif débat au sein de la sacro-sainte République laïque, dont le calendrier n'en est pas moins conçu autour des différentes fêtes catholiques, quatre (les lundis de Pentecôte et de Pâques ont en fait une origine laïque[1]) des onze jours fériés ayant un fondement catholique. La Commission Stasi, en décembre 2003, avait déjà pensé faire des ces deux fêtes religieuses des jours fériés officiels en soulignant le potentiel d'intégration d'une telle mesure pour les communautés israélite et musulmane.
La question s'est également déjà posée en Suisse où le paysage spirituel n'a de cesse de se diversifier. En vertu de la Loi sur le travail, « le jour de la fête nationale est assimilé au dimanche. Les cantons peuvent assimiler au dimanche huit autres jours fériés par an au plus et les fixer différemment selon les régions » (art. 20a al. 1). Ainsi, le calendrier suisse qui s'est érigé autour des fêtes chrétiennes est parfaitement susceptible de s'adapter en fonction de la diversification spirituelle de sa population. Une telle adaptation, effectuée au niveau cantonal, permettrait une meilleure prise en considération des groupes allogènes. Leur intégration en serait facilitée et de plus, certaines fêtes chrétiennes, bien qu'ancrées dans le calendrier, ne sont plus célébrées. Autrement dit, les travailleurs bénéficieraient d'un jour férié différent, mais dont le déplacement sur le calendrier ne modifierait guère la pratique religieuse de la population chrétienne.
Un double avantage résulterait d'une telle instauration des fêtes religieuses susmentionnées comme jours de congé. D'une part, celle-ci offrirait un plus grand respect de la liberté religieuse, puisque les individus n'auraient pas à révéler leur religion pour obtenir un jour de congé. D'autre part, l'économie dans son ensemble en serait bénéficiaire, puisque durant ces jours de fêtes religieuses, les entreprises seraient fermées et travailleraient à plein régime lors des jours de fêtes chrétiennes anciennement fériés. Nous pouvons transposer un tel raisonnement au domaine scolaire, au sein duquel le bon déroulement de l'enseignement ne pourrait que s'en trouver renforcé.
La modification des jours de congé répondrait non seulement à un plus grand respect de la liberté spirituelle de la population suisse mais surtout à des motifs de politique sociale. Rappelons que le dimanche a été instauré comme jour chômé car la majeure partie de la population était alors chrétienne et une telle règle répondait à des considérations pratiques et sociales. Le calendrier des jours de congé peut et doit s'adapter à la population qu'il régit. Si le respect accru de la conscience des individus ne suffit pas à convaincre les politiques de procéder à une telle modification, puissent des considérations d'ordre économique les convaincre !
[1] Commission de réflexion sur l'application du principe de laïcité dans la République, Rapport au Président de la République, remis le 11 décembre 2003, p. 65. Ce rapport est disponible à http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/034000....
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Commentaires
Oui à la diversité religieuse acceptée par la République!
Ecrit par : Rémi Mogenet | 13.01.2012
Cette idée circule depuis plus longtemps qu'on ne l'image.
En effet, nous sommes dans une république laïque où les trois quarts des jours fériés correspondent à des fêtes chrétiennes.
Que ce soit l'héritage chrétien de notre pays, on peut en convenir mais se pose alors le principe de la laïcité :
- Ou bien, on supprime les jours fériés chrétiens et on les remplace par des jours fériés sans connotation religieuse,
- Ou bien, on assure une juste répartition de ces jours pour permettre à chacune des composantes de notre nation de disposer d'un ou plusieurs jours à consacrer à la célébration d'un évenement important de son culte.
La principale difficulté que l'on trouve aux fêtes juives et musulmannes, c'est que basées sur un calendrier lunaire, elles ne sont pas à dates fixes et varient d'une année à l'autre.
Mais, cela ne me paraît pas un handicap majeur, la date de Pâques varie bien elle aussi.
Ecrit par : républicain | 13.01.2012
Est-ce que les jours fériés ne sont pas avant tout un acquis social qui a par ailleurs l'avantage de rythmer la semaine et de préserver un espace convivial commun pour une large tranche de la population. Ce qui permet d'organiser des rencontres et des manifestations ouvertes à tous et multi-culturelles. Pour la majorité de la population ces jours fériés n'ont en effet plus aucune connotation religieuse mais sont devenus des pauses et des repères festifs dans la semaine et dans l'année.
Bien des choses ont des origines culturelles et parfois religieuses mais elles ont été investies par d'autres valeurs et d'autres nécessités. Je me demande donc si de vouloir les recolorer religieusement en rétablissant des liens plus nets avec leurs sens religieux n'est pas une fausse bonne idée. Qui par ailleurs aurait aussi pour conséquence de renforcer certains communautarismes s'il fallait tenir compte des diverses traditions !
Ecrit par : Maurice Gardiol | 13.01.2012
Je te remercie pour ton commentaire Maurice, mais sur ce point je ne peux pas te rejoindre. Car s'il y a des jours de congé, dont la date indiffère à certains et non à d'autres, pourquoi ne pas satisfaire ces premiers?
Quant à l'argument de la recoloration religieuse éventuelle de ces dates, je pense qu'elle se fait d'elle-même en cette ère de diversification religieuse qui engendre des revendications inévitables, et selon moi justifiées, de groupes minoritaires. En tant que parent d'élève que je ne suis pas, je ne verrais pas d'un mauvais œil que mon enfant en sache un peu plus sur ces traditions religieuses lors de leur survenance.
De plus, les jours de congé auxquels je me réfère ne concernent pas le dimanche, mais les "jours spéciaux" qui ne rythment que peu la semaine, puisque ce sont de surcroît des dates qui se révèlent pour certaines mouvantes.
Ecrit par : tristan | 13.01.2012
Il serait temps de liquider le calendrier grégorien pour le calendrier républicain. Ce serait une excellente manière de couper court à tous ces relents obscurantistes et passéistes.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Calendrier_r%C3%A9publicain
Jour du cuivre, Quartidi, le 24 nivôse 220.
Ecrit par : Johann | 13.01.2012
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