06.01.2012
La liberté religieuse, un droit non sujet à réciprocité !
Les discriminations, voire les attaques contre les communautés chrétiennes de par le monde ne se comptent plus. Très récemment encore, des chrétiens ont été tués au Nigeria lors d'attaques à la bombe perpétrées par des groupes islamistes. En Iran et au Pakistan, des chrétiens sont condamnés à mort pour apostasie. A un degré à peine moindre, les nationalistes hindous désirent sanctionner les chrétiens convertis. De même en Egypte et au Soudan, la situation des communautés chrétiennes n'est guère enviable. Ces divers exemples révèlent une hostilité prononcée de certaines autorités étatiques à l'égard des chrétiens.
Les frères de religion occidentaux se sentent concernés et apparaissent désireux de venir en aide à ces populations opprimées. L'été passé, le PDC a suggéré de conditionner l'aide aux pays en développement au respect des communautés chrétiennes. En laissant de côté l'aspect démagogique d'une telle démarche, il apparaît qu'un tel choix politique se répercute au premier chef sur les populations les plus démunies... Il suffit de se rappeler les personnes qui ont le plus pâti de l'embargo décrété contre l'Irak durant les années 1990. Le développement et donc la sortie de l'extrême pauvreté semblent bien au contraire tendre à une diminution des actes de barbarie à l'encontre des communautés religieuses minoritaires auxquelles appartiennent les chrétiens dans les pays mentionnées ci-dessus.
Toutefois l'objet de ce billet vise plutôt à souligner que la liberté religieuse est un droit dont l'on ne saurait modifier le cercle des bénéficiaires en fonction de l'attitude de certains Etats à l'égard des chrétiens. La liberté religieuse appartient à tout un chacun peu importe sa nationalité ou sa confession. Refuser un tel droit à un musulman au motif que divers Etats majoritairement musulmans bafouent les droits les plus élémentaires des communautés autres revient à méconnaître la notion de dignité humaine. Pourquoi un croyant d'une religion donnée devrait supporter les conséquences de politiques auxquelles il est totalement étranger ?
Il convient également de rappeler que les droits humains sont bel et bien une partie du droit international public, tout en étant également garantis au niveau national, mais ne sont pas gouvernés par le principe de réciprocité, principe majeur du droit international public. Autrement dit, un Etat ne saurait refuser à un ressortissant d'un Etat donné des droits fondamentaux au motif que des ressortissants du premier Etat ne jouissent pas des mêmes droits dans le second Etat. Il s'agit d'une règle essentielle du droit international des droits de l'homme. Par conséquent cet argument de réciprocité, ressassé à l'envi par d'aucuns, est faux ! Refuser la construction de minarets au motif que dans certains Etats musulmans la construction d'églises est proscrite en est malheureusement un parfait exemple.
Un peu de tolérance permettant à chacun de vivre sa foi au plus près dans les limites de l'ordre public nous offrirait une société plus pacifiée et moins emplie de xénophobie. Enfin, les droits de l'homme appellent bien plutôt un nivellement par le haut qui semble aux antipodes des politiques vengeresses somme toute bien à la mode...
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Commentaires
Tout cela serait en effet très raisonnable et très juste, s'il s'agissait de conflits entre des religions comparables. Or elles ne le sont pas, puisque les unes (l'Islam) s'incarnent de par leur essence même dans le pouvoir politique, et cela de manière absolue dans certains pays, et que les autres (le Christianisme) a depuis longtemps perdu ce privilège, même si c'est contre la volonté d'une partie de son clergé et de ses fidèles.
Il n'y a donc pas symétrie ni sur le fond ni sur la forme, comme l'exigeraient la logique et le bon sens pour que vos arguments soient convaincants, comme il n'y pas symétrie sur de nombreux points dans l'interprétation et l'application des principes inscrits dans le texte régissant les Droits de l'homme, dans les différents contextes religieux et politiques mentionnés.
Exiger que les touristes visitant tel ou tel pays musulman portent un voile parce que la religion et le pouvoir politique (qui ne sont qu'un) l'exigent, et prétendre en même temps au droit de se voiler partiellement ou complètement dans un pays aux institutions laïques qui n'autorisent le port de vêtements religieux pour ses propres ressortissants que dans des circonstances exceptionnelles, et cela alors même s'il s'agit d'une religion fondatrice de sa propre culture, est un comportement qui relève d'un esprit de mépris et de domination (parfois même de colonisation) et non d'une simple exigence de respect.
Ecrit par : Mère-Grand | 06.01.2012
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