21.11.2011
La fille qui ne savait pas s’agenouiller
Tel est le titre du livre d'Etty Hillesum. Il s'agit d'un petit ouvrage qui regroupe des passages extraits du journal, Une vie bouleversée, qu'elle a écrit durant sa détention dans le camp de transit de Westerbork (Pays-Bas) durant les années 1941-1942, peu de temps avant son décès au camp de concentration d'Auschwitz (Pologne) en novembre 1943. Probablement moins connue que sa compatriote et coreligionnaire Anne Frank, elle ne nous en a pas moins laissé un témoignage de la condition de détention des juifs aux Pays-Bas ainsi que de son évolution spirituelle au cours de cette sombre période.
Ce livre plein de sagesse nous révèle le voyage spirituel de cette jeune femme juive qui la rapprochera du christianisme. Il est relativement difficile, pour ne pas dire impossible, de se représenter la difficulté du quotidien vécu par cette femme qui parvient à ne pas perdre le goût de la vie et à nous livrer quelques pensées d'une force inouïe : « Aujourd'hui, à la minute présente, je vis, je vis pleinement, la vie vaut la peine d'être vécue et si j'apprenais que je dois mourir demain, je dirais : dommage, mais je ne regrette rien » ; « Penser, c'est une grande et belle occupation dans les études, mais ce n'est pas ce qui vous tire de situations psychologiques difficiles. Il y faut autre chose. Il faut savoir se rendre passif, se mettre à l'écoute. Retrouver le contact avec un petit morceau d'éternité » ; « On ne peut pas tout dominer par la raison, laissons donc les fontaines du sentiment et de l'intuition jaillir un peu elles aussi » ; « Fais ce que ta main pense à faire et ne pense pas à l'heure suivante » ; « Notre unique obligation morale, c'est de défricher en nous-mêmes de vastes clairières de paix et de les étendre de proche en proche, jusqu'à ce que cette paix irradie vers les autres ».
Voici quelques bribes de la pensée d'Etty Hillesum qu'on peut ne pas partager mais qui sont susceptibles de nous irradier, de nous inspirer même si ce n'est que partiellement et même si l'urgence de la situation que vécut la fille qui ne savait pas s'agenouiller ou de la fille qui apprit à prier, ne saurait trouver de comparaison possible. La quête du bonheur et le désir de la vie ne connaissent ni limites de temps, ni limites d'espace.
Un trait commun aux diverses générations est vraisemblablement l'impréparation aux situations difficiles, telles que le deuil, la maladie, l'accident, ou encore un désastre conjugal ou familial. Cette impréparation est récurrente. Un chemin de sagesse que nous propose Etty Hillesum se trouve dans ses mots : « j'essaie de fouiller tous les recoins de mon être pour rassembler un peu de patience, une patience toute nouvelle pour une situation toute nouvelle ».
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Commentaires
Mais tout comme Anne Frank,Etty serait-elle désarmée face au monde actuel,ceux ayant vécu des drames presque similaires par là je veux dire sans solution finale eux aussi ont espéré qu'avec de la patience même beaucoup de patience mais de la part des autres l'univers laisserait émerger une humanité avec un peu plus de bon sens ,hélas il n'en est rien et ce que vivent aujourd'hui les anciens autistes le prouve plus que jamais!
Ecrit par : lovsmeralda | 21.11.2011
Il est rare de trouver mentionnée et citée Etty Hillesum qui, comme vous le relevez, est sans doute moins connue qu'Anne Frank.
Je ne puis dès lors qu'abonder dans le sens de votre propos et recommander la lecture d'Etty Hillesum. C'est Georges Haldas qui m'en a parlé pour la première fois. Souvent nous avons eu l'occasion d'évoquer ensemble les pages des ouvrages de cette femme, tous deux parus au Seuil.
Le premier, "Une vie bouleversée", Journal qu'elle tient de 1941 à 1943, a été édité en février 1985. Le second, "Lettres de Westerbork", en octobre 1988.
Merci, Tristan Zimmermann, de lui avoir consacré ce sujet.
Bien à vous,
Hélène Richard-Favre
Ecrit par : Hélène Richard-Favre | 21.11.2011
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