05.03.2011
Liberté d’expression lors de funérailles militaires
La Cour suprême des Etats-Unis a jugé mercredi 2 mars que la liberté d'expression (1er Amendement) couvre des propos haineux tenus lors de funérailles militaires. Le Chief Justice Roberts affirme qu'il ne saurait être approprié de punir les auteurs de tels discours au motif qu'ils participent au débat public. La position actuelle du pouvoir judiciaire américain est très libérale eu égard à la liberté d'expression. Celle-ci n'a dernièrement été restreinte que dans des cas mettant en jeu la sécurité nationale.
Le cas qui s'est présenté à la Cour suprême concerne une manifestation tenue dans le Maryland par les membres de l'Eglise baptiste Westboro de Topeka (Kansas) lors de funérailles d'un marine décédé en Irak. Ces derniers, habitués à de telles protestations, portaient des panneaux comportant des messages tels que « America is Doomed » (= l'Amérique est condamnée, vouée à l'échec) et « God Hates Fags » (Dieu hait les pédés). En effet, l'Eglise soutient que Dieu punit les Etats-Unis en raison de la tolérance qu'ils ont à l'égard de l'homosexualité.
Bien que cette manifestation ait heurté des personnes et que sa contribution au débat public soit négligeable, il n'en demeure pas moins que l'opinion ainsi exprimée, l'a été sur des questions publiques et sur le domaine public d'une manière pacifique et en conformité avec les instructions des autorités locales. Ceci justifie selon la majorité de la Cour suprême la tenue de tels propos dans le cas qui lui est soumis.
Le Reporters Committee for Freedom of the Press ainsi que 21 organisations relatives aux médias, dont The New York Times Company, ont adressé une lettre soutenant l'Eglise incriminée. Cela dénote à quel point la liberté d'expression a ses propres contours outre-Atlantique.
La lecture de l'opinion dissidente du juge Alito nous fait penser à la conception européenne que l'on se fait de cette liberté fondamentale, quand il rappelle que pour avoir une société au sein de laquelle le débat public peut être vigoureusement mené, il n'est pas nécessaire de permettre la « brutalisation » de victimes innocentes.
Il est à relever que même un patriotisme exacerbé ne représente pas pour la majorité de la Cour suprême un obstacle à la liberté d'expression. Une approche somme toute cohérente avec l'abandon de la doctrine don't ask, don't tell ! au sein de l'armée américaine.
Source : http://www.nytimes.com/2011/03/03/us/03scotus.html?_r=1&scp=1&sq=westboro%20church&st=cse
10:43 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
|
|
Facebook




Écrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.